Karine Schein

Ce qui use le désir dans un couple qui dure — Karine Schein, sexologue à Lyon

Karine Schein reçoit des couples à Lyon, à la Croix-Rousse, et en ligne. Thérapeute de couple, sexologue et conseillère conjugale et familiale, elle travaille en thérapie brève, avec des outils concrets et beaucoup de métaphores. Ce qu'elle observe en cabinet tient en une image : le désir est un jardin, et ce qui l'use dans la durée n'est pas le temps qui passe, c'est l'absence d'entretien. Elle dit aussi à quel moment consulter, et ce qui distingue une baisse passagère d'un problème plus profond.

Chez les couples qui durent, d'où vient l'usure du désir ? Et chez ceux qui vont bien, comment se préserve-t-il ?

Ce qui use le désir sur le long terme, c'est l'absence d'entretien de la connexion émotionnelle, d'écoute, de compréhension, le manque d'empathie, et les mauvais outils : le reproche, le mépris, la critique, le silence punitif…

Au contraire, parler de soi à l'autre est constructif : expliquer, par exemple, que la perte de désir peut être liée au comportement de l'autre, ou à une douleur à la pénétration…

À l'inverse, les couples qui ont une routine positive fréquente, avec des temps de qualité à deux réguliers, de l'écoute et du partage, sont plus désirants l'un de l'autre. Le désir est comme un jardin : pour que les fleurs poussent, il doit être entretenu !

Les couples consultent souvent tard. Quels signes auraient dû les alerter plus tôt, et que se passe-t-il quand on attend ?

Plus on consulte tôt, mieux c'est.

Les signes : absence de connexion émotionnelle, de sécurité émotionnelle, de communication, de compréhension, éloignement physique, aucun temps à deux, tensions, disputes, colère, frustrations, isolement…

Cependant, malgré des consultations tardives, on peut souvent résoudre les problèmes de compréhension, de communication, d'acceptation de la différence de l'autre, et trouver des solutions avec des outils concrets et pragmatiques, et une explication des spécificités de chacun, chacun ayant son propre langage de l'amour.

Je travaille en thérapie brève, ce qui permet de sortir rapidement de ce souci. Parfois un travail personnel plus poussé sur la sexualité féminine ou masculine, selon les cas, est nécessaire.

Quand c'est trop tard, je n'ai absolument aucun pouvoir magique : nous travaillons alors en termes de séparation intelligente, surtout lorsqu'il y a des enfants.

Beaucoup de gens n'arrivent pas à parler de sexualité avec la personne qui partage leur vie. Comment aider quelqu'un à ouvrir cette conversation sans qu'elle tourne au reproche ?

En effet, on s'aperçoit que parler de sexe au sein du couple, même quand on se connaît depuis plus de 20 ou 30 ans, est toujours un défi, un sujet tabou lié à l'éducation, à la peur de blesser ou de perdre l'autre, à un manque de confiance en soi, d'affirmation de soi…

En consultation de sexologie de couple, le dialogue revient naturellement grâce à un accompagnement ciblé et adapté aux deux membres du couple.

Je propose de nombreux exercices adaptés à chaque couple, tant au niveau de la communication que de la sensualité et de la sexualité : par exemple apprendre à communiquer sans agressivité, en communication non violente, et éviter ainsi les reproches habituels.

La glace est rapidement rompue entre eux. Je propose beaucoup de métaphores, et j'associe par exemple la sexualité à la cuisine : les personnes se sentent beaucoup plus à l'aise, et la sexualité devient un sujet banal et facile à aborder, comme « qu'est-ce qu'on mange ce soir ? ». Dans le même registre, on peut comparer le porno au fast-food du sexe, et l'imaginaire à la gastronomie : c'est ce qui différencie la pulsion de l'érotisme.

Comment distinguer une baisse de désir passagère d'un problème plus profond dans la relation ?

La baisse de désir passagère fait partie des aléas de la vie et du quotidien : menstruations, grossesse, accouchement, enfants, stress, chômage, problèmes de santé, ménopause, andropause, dépression… Donc pas trop d'inquiétude à avoir si cela reste provisoire et momentané. Le désir pourra revenir plus naturellement, avec un accompagnement bref.

À l'inverse, la baisse de désir plus profonde est souvent liée à un problème structurel du couple, ou à des traumas personnels, comme par exemple des abus sexuels pendant l'enfance, et aux symptômes qui peuvent y être associés : sécheresse vaginale, vaginisme, perte d'érection, éjaculation précoce… Je peux alors basculer, en parallèle de l'accompagnement du couple, vers un suivi individuel en sexologie, pour accompagner la personne sur ses particularités.

La sexothérapie devient ainsi plus riche et plus dense, car nous travaillons sur l'axe du couple et sur la sphère personnelle. Cela permet de mieux comprendre le fonctionnement du couple et de l'accompagner au plus près de ses besoins précis et ciblés.

Quand l'un veut plus que l'autre, que faites-vous ? C'est sans doute la situation la plus fréquente, et l'une des plus douloureuses.

J'essaie de les accompagner en sexothérapie de couple pour comprendre cette différence de rythme de libido. Nous travaillons sur les spécificités et les besoins de chaque membre du couple, et nous essayons de trouver un langage commun, pour que chacun comprenne le fonctionnement de l'autre sans se braquer et sans en faire une affaire personnelle.

Je propose des outils et une méthode pragmatique, adaptée aux deux membres du couple, afin que chacun se sente entendu et compris, dans le but de les reconnecter progressivement, pour qu'ils retrouvent une complicité et une intimité naturelle et spontanée.

Enfin, quelle idée reçue sur le désir combattez-vous le plus souvent, et quel conseil donnez-vous à presque tous les couples que vous recevez ?

Le rejet sexuel fait très mal, car il est vécu comme une preuve de désamour. C'est rarement le cas : les causes sont plurifactorielles et beaucoup plus profondes.

D'où l'intérêt de se faire accompagner, pour comprendre l'histoire personnelle de chaque membre du couple.

Donc le conseil est de ne pas le prendre pour soi, mais d'aller creuser les raisons et les causes.

Questions fréquentes

Selon Karine Schein, ce n'est pas le temps qui passe, mais l'absence d'entretien de la connexion émotionnelle : moins d'écoute, moins de compréhension, et des outils qui abîment, comme le reproche, le mépris, la critique ou le silence punitif. À l'inverse, les couples qui gardent des temps de qualité à deux, réguliers, restent plus désirants l'un de l'autre. Pour un temps à deux hors de chez soi, The Door recense les love rooms à Lyon, et explique ce qu'est un love hotel.
Karine Schein
Thérapeute de couple, sexologue et conseillère conjugale et familiale à Lyon

Karine Schein est thérapeute de couple, conseillère conjugale et familiale, et sexologue à Lyon. Elle reçoit à son cabinet de Lyon, à la Croix-Rousse, et en ligne, et travaille en thérapie brève. Elle publie chaque jour des conseils sur le couple sur ses réseaux sociaux.

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